Le 10 décembre 2009 ramène le 61ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (DUDH), un document référentiel qui représente un idéal commun à atteindre par les peuples en matière des droits de l'homme. Haïti, un des pays fondateurs de l' Organisation des Nations-Unies (ONU), a pris une part active tant à l'élaboration qu'à l'adoption de la DUDH et s'est moralement engagée à travailler au respect de l'ensemble des droits consacrés par ce document. Soixante et un (61) ans après, qu'en est-il de ces engagements ?
1. Droits sociaux économiques
a. Droit à un niveau de vie décent
80% de la population haïtienne vivent en deçà du seuil de la pauvreté, avec moins de deux (2) dollars américains par jour. 75% de la population active ne travaillent pas et par conséquent, ne disposent pas de revenu leur permettant d'accéder à un niveau de vie décent. Parallèlement les prix des produits de première nécessité augmentent chaque jour, ce qui réduit encore le pouvoir d'achat de la population. Cette situation de pauvreté est à la base de plusieurs cas de décès enregistrés dans divers endroits du pays, particulièrement, à Baie d'Orange , dans le département du Sud-est . L'Etat haïtien se déresponsabilise arguant ne pas avoir de solutions-miracles pour freiner la cherté de la vie.
b. Droit à l'Education
85% des établissements scolaires sont du secteur privé et seulement 15% appartiennent au secteur public. Plusieurs établissements scolaires logent dans des maisons habitables. N'ayant pas été construites pour servir de bâtiments scolaires, ces maisons exigües n'offrent pas aux enfants l'environnement adéquat pour un meilleur apprentissage et les exposent à toutes sortes de dangers.
L'éducation primaire n'est pas accessible à tous. Les quelques écoles primaires publiques existantes fonctionnent dans des conditions lamentables. Les bâtiments sont délabrés et ne répondent pas aux règles minimales de sécurité. Les classes sont surchargées, les fournitures scolaires et les matériels pédagogiques font défaut, rendant les conditions générales d'apprentissage extrêmement difficiles.
L'augmentation effrénée des frais d'inscription et des mensualités portent les parents à consacrer de plus en plus de leurs budgets à l'éducation. Parallèlement, seuls 51% des garçons contre 49 % des filles et 3% d'enfants à besoins spéciaux, en âge scolaire, ont accès à l'école. Malgré la campagne d'alphabétisation entreprise par les différents gouvernements dont le gouvernement actuel, plus d'un tiers des jeunes, âgés entre seize (16) et vingt-quatre (24) ans sont encore analphabètes.
c. Droit à la santé
L'administration des hôpitaux privés échappe complètement à l'Etat. Parallèlement, les patients qui se rendent dans les hôpitaux publics sont reçus dans l'irrespect total de leur dignité.
Certains laboratoires d'analyses médicales et certaines pharmacies sont localisés dans des bâtiments crasseux et fonctionnement en dehors de tout règlement.
Malgré l'interdiction de vendre des médicaments dans les rues, les marchands ambulants, au su et au vu des autorités sanitaires, continuent de vanter les bienfaits de leurs médicaments en incitant la population à s'en pourvoir.
Pour une population estimée à huit million cinq cent mille (8.500.000) habitants, il existe dans le pays mille sept cent soixante-huit (1.768) établissements de santé dont cent vingt huit (128) hôpitaux. Parallèlement, le personnel œuvrant dans le domaine de la santé s'élève à onze mille huit cent soixante-seize (11.876) dont deux mille quatre cent quarante-deux (2.442) médecins généralistes. A la lumière de ces statistiques, Haïti compte un (1) hôpital pour soixante six mille quatre cent sept (66.407) personnes, un (1) médecin pour trois mille quatre cent quatre vingt une (3.481) personnes.
d. Droit à un environnement sain
La couverture végétale du pays est estimée à environ 2 %, en 2009. 70% des terres haïtiennes sont des montagnes et des collines. Le risque des inondations reste grand si rien n'est fait en vue de la canalisation des eaux de pluies et de la protection des terres arables.
La croissance rapide de la population, l'urbanisation désordonnée, la migration massive des populations rurales vers les villes de province, la déforestation, l'exploitation anarchique des carrières de sable dans les mornes et l'abattement des arbres aux fins de fabrication du charbon de bois pour la cuisson, pour le fonctionnement des buanderies et des boulangeries, etc. sont les principaux facteurs à la base des problèmes environnementaux du pays.
A la moindre averse, la population enregistre des pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants.
2. Droits civils et politiques
a. Droits politiques
Jusqu'à la destitution du gouvernement de Michèle Duvivier PIERRE-LOUIS, le pouvoir en place n'était pas impliqué dans la violation systématique des droits politiques du peuple haïtien. Cependant, depuis l'avènement de l'actuel gouvernement, les droits politiques des haïtiens sont foulés au pied. Sans consensus et aucune base légale, un nouveau Conseil Electoral Provisoire (CEP) a été créé par arrêté présidentiel. Un calendrier électoral a été élaboré et publié à l'insu des acteurs politiques. Des groupements politiques dûment enregistrés et mandatés ont été écartés de la course électorale sous prétexte qu'ils ne répondent pas aux obligations de la Loi électorale. L'équité procédurale et la Loi n'ont pas été les conditions d'admissibilité des partis, groupements et regroupements de partis politiques désireux de participer aux élections. Si certains groupements, comme la plateforme politique du pouvoir en place INITE, ont été favorisés en violation de la Loi, d'autres, cependant, ont été purement évincés du processus électoral comme ce fut le cas des partis Fanmi Lavalas, Union, etc.
b. Violences sexo-spécifiques
Les femmes et filles haïtiennes continuent à être victimes de violences de toutes sortes. Du 1er janvier au 7 décembre 2009, au moins deux mille dix-neuf (2019) cas de violences ont été enregistrées dont des cas d'assassinats et de tentative d'assassinats, de sévices corporels, de viols perpétrés, pour une grande partie, sur des mineures.
c. Droits des personnes privées de liberté
La population carcérale, au 4 décembre 2009, s'élève à neuf mille soixante quinze (9.075) détenus dont six mille huit cent quatre vingt treize (6.893) en attente de jugement. Parallèlement, l'espace carcéral haïtien est estimé à cinq mille quarante et un mètres-carrés et cinquante-trois centièmes (5.041m2 53), offrant une moyenne de zéro mètre-carré et cinquante-cinq centièmes (0 m2 55) par détenu alors que les normes internationales en matière de détention exigent un minimum de quatre mètres-carrés et cinquante centièmes (4m2 50) par détenu. Les cellules sont surencombrées et dégagent des odeurs pestilentielles. Les blocs sanitaires, situés près des cellules, sont tenus dans l'irrespect total des règles élémentaires d'hygiènes, exposant les détenus à des maladies contagieuses notamment, la galle, la grattelle, la tuberculose, etc. Les conditions cruelles, inhumaines et dégradantes dans lesquelles évolue la population carcérale sont la cause de nombre de décès survenus aux centres de détention. De janvier à novembre 2009, soixante six (66) détenus ont perdu la vie.
La situation générale des droits humains en Haïti est préoccupante. Rien n'est mis en œuvre par l'Etat haïtien en vue d'aplanir les différents problèmes auxquels est confrontée la population, notamment, l'accès aux services de base, l'insécurité, les conditions de détention, les violences faites aux femmes, etc.
A l'occasion du 61ème anniversaire de la DUDH, le RNDDH recommande aux autorités constituées de mettre sur pied un plan permettant de s'attaquer sérieusement aux divers problèmes que confronte la population.